
- Cet évènement est passé
Navigation Évènement
MAINTENANT JE PEUX DIRE QUE NOUS CHERCHONS QUELQUE CHOSE QUI N’EST PAS DU THÉÂTRE, QUI N’EST PAS DE L’OPÉRA. QUELQUE CHOSE QUI NOUS ÉMEUVE, QU’ON IGNORE ET QU’ON INVENTE. ET ÇA NOUS PLAÎT DE NE PAS SAVOIR COMMENT LE DÉFINIR, ET SURTOUT NE PAS LE DÉFINIR. SI C’EST INDÉFINISSABLE, QU’EST-CE ? SERAIT-CE DES CONTES ?
PASCAL QUIGNARD
Marie Vialle et Pascal Quignard aiment cheminer de concert. Ce qu’ils fabriquent ensemble, plutôt que du théâtre avec dialogues et tutti quanti, a à voir avec le conte. Il y a souvent des jeux et des danses, des cris et des paroles d’êtres à la fois hommes, femmes et bêtes, sans oublier les oiseaux. Cette fois, elle chante d’éblouissantes trilles et vocalise animal. Il joue du piano, parle de lui, enfant. La Rive dans le noir borde une terre bienfaisante, où s’ébattent en toute licence, les cauchemars, les rêves, les fantômes des souvenirs, des désirs toujours violents.
Un jour on retombe dans son symptôme. Enfant je refusais de manger à la table familiale. Curieusement on m’autorisait à en user de la sorte, gentiment. On me mettait seul, dans une pièce, à manger dans le noir. On refermait la porte, je mangeais dans le noir total. (…)
Je me suis inventé une « performance de ténèbres » où je cherche des ombres de ma vie dans le noir, où je joue les Ombres errantes de Couperin ou les différentes Chouettes de Messiaen sur un piano à queue noir, où des rapaces et des nocturnes me visitent dans l’obscurité totale de la scène, où, surtout, le vieux chamanisme reprend tous ses droits de danse, de chant, de lande, de sauvagerie, d’enfance. Marie Vialle sublime – avec qui je travaille depuis treize ans, qui a toujours rêvé être plus qu’une comédienne, plus qu’une violoncelliste, plus qu’une danseuse, plus qu’une cantatrice – se retrouve possédée à neuf reprises par des animaux et des fantômes. Je l’accompagne sur scène dans ses métamorphoses.
Pascal Quignard