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« SI UN PROJET EST PARFAITEMENT CLAIR,
ÇA NE VAUT PAS LA PEINE DE LE FAIRE. »
PABLO PICASSO
Créateurs d’objets théâtraux hors-norme, Marguerite Bordat et Pierre Meunier, aiment à explorer la matière brute et à se confronter aux lois physiques « qui parlent secrètement de notre condition humaine». Leurs projets se nourrissent de rencontres, d’immersions in situ, d’expériences avec des scientifiques. Après les pierres et les ressorts, ils s’intéressent cette fois au domaine des matières molles dont « la nature fuyante et imprévisible résonne fortement avec les pertes d’appuis et le vacillement des certitudes que nous connaissons aujourd’hui ». Leur nouvel objet d’étude : un matériau pour le moins instable, la vase. Espace généralement associé à l’idée d’enlisement, la vase pourrait bien se révéler au bout du compte – après la traversée marécageuse – régénératrice, antidote à la fièvre de vitesse et puissant libérateur de l’imaginaire.
Se faire aspirer. Vers le bas. Puissamment. Irrésistiblement.
Mon corps écarte du mou sur son passage. Le mou ne demande qu’à s’écarter puis à se refermer, avec la même indifférence. Nul besoin de forcer. Le mou cède sa place sans résister longtemps. Je le troue, je le fore à ma forme passagère. Je suis un moule que rien n’arrête. Tous mes angles, toutes mes difformités, sont épousées sans résistance.
La vase est un milieu hospitalier qui ne refuse personne. Tous les corps sont également traités. Ni bien ni mal. La vase est un milieu amoral qui ignore le bien et le mal.
La vase n’est qu’un appétit. Un appétit sans limites. Tout lui est bon. La vase est omnivore. Les nuages ne s’attardent pas au-dessus de la vase.
Ils craignent d’expérience sa fatale aspiration.
Pierre Meunier