Pas
la peine de faire de la pop si on n’est pas inspiré, pas la peine de faire du
rock si on n’a pas de chanson. Mais si les chansons sont aussi inspirées et
immédiates que celles qui figurent sur ce premier album d’Archimède, alors il va
falloir compter avec ce groupe de Laval, mené par deux frères pour qui pondre un
tube semble être aussi naturel que dire «bonjour», et je dis ça si on dit
«bonjour» naturellement bien sûr. Mais surtout pour dire qu’il va maintenant
falloir compter avec le rock de Laval, et ça c’est vrai qu’on ne s’était pas
fait à l’idée.
Laval pour beaucoup, ça restera la ville dont on peut lire le nom dans les deux
sens. Mais c’est là surtout que Nico et son frère Fred ont commencé à écrire des
chansons il y a quelques années avant de se baptiser Archimède, pour se donner
un côté scientifique grec. En interview, la faute au temps que ça prend pour
sortir un album, ils diront probablement que «cette dernière année, ils ont dû
s’enfermer en studio afin de peaufiner les chansons de leur premier disque, pour
les parfaire». La vérité, c’est que les mélodies, les paroles, bref tout ce qui
fait le corps et le parfum des chansons, était là dès le début. Les titres
passent alors entre des mains expertes (celles de Philippe Paradis à la
réalisation, d’Yves Jaget à la prise de son, de Jeff Delort au mixage et enfin
de Stephen Marcussen pour le mastering), travaillant toutes à rendre l’ensemble
le plus organique possible, en restant fidèles au relief des chansons. Le tout a
été galvanisé par l’enregistrement live au studio Vega sur «la fameuse console
avec laquelle ont enregistré les Stones». Et quand l’écriture et
l’interprétation d’une chanson sont une affaire de frangins, l’histoire du
pop-rock a montré que ça valait souvent la peine qu’on s’y arrête (des Beach
Boys aux Sparks en passant par les Breeders ou les Kings of Leon plus
récemment). C’est normal, le public aime les bonnes chansons ; et pour une
raison qu’on ignore, écrites par deux personnes du même sang, elles n’en sonnent
souvent pas moins pertinentes.
Une fois composées, les chansons de Nico et Fred sont confiées à
Archimède-le-groupe, soit augmenté de Cord’ à la basse et aux claviers, de Tess
à la batterie, et de Guillaume à la guitare. On ne sait alors par quel tour de
passe-passe les titres prennent une corpulence rock aux contours boogie qui
donne parfois l’impression qu’Archimède ressuscite et modernise un son yéyé
qu’on croyait bon pour les oubliettes («Eva et les autres», «Vilaine canaille»).
Il y a du rock chez Archimède, à n’en pas douter, mais surtout la propension
aussi pour le tube instantané («L’été revient», «L’amour PMU») et le talent pas
donné à tout le monde, de jouer des ballades pop matures sans en faire des
tonnes («A l’ombre», «Au diable Vauvert»).
Une simple écoute du disque permet de comprendre d’un coup le talent des frères,
l’aisance insolente avec laquelle Nico et Fred synthétisent les connections pop
franglo-saxonnes, de Nino Ferrer aux frères Gallagher, des Beatles à Jacques
Dutronc. Chanter en français chez Archimède ce n’est pas un obstacle, c’est un
atout. C’est assez rare pour qu’on en fasse état : il n’y a qu’à allumer la
radio pour se rendre compte à quel point c’est un exercice périlleux, auquel
beaucoup s’adonnent à un âge pourtant assez jeune pour penser une reconversion.
On n’en voudra pas à Nico, rocker Gavroche, d’écrire une prose qui jongle avec
une telle facilité sur l’exercice de style et les allitérations, jouant de la
syllabe comme d’un instrument à part entière qui complète, on ne sait comment
mais idéalement, l’écriture pop de son frère. On se surprendra forcément parfois
à vérifier le livret pour être bien sûr que dans «À l’Heure H», la phrase qu’il
chante est bien : «Même les nonnes/Assailliront la scène/Presque Aphones/Quand
l’heure, quand l’heure, quand l’heure H aura sonné». Vous n’aurez pas fini
d’examiner le sens des mots que vous serez déjà en train d’en fredonner
inlassablement le refrain, pour le simple plaisir de faire rebondir des syllabes
en bouche. On croit ou on ne croit pas en Dieu mais on est obligé de croire en
une bonne chanson, dont la vertu est de tout
dire en trois minutes, de réduire l’espace, le temps, l’amour et la mort à un
judicieux équilibre de couplets-refrain. Elle apporte des réponses à des
questions qu’on ne se posait pas forcément, elle rend l’air plus respirable.
Elles sont au nombre de onze sur ce premier disque d’Archimède. No filler, comme
disent les Anglais. 11 raisons de repenser Liverpool comme capitale de la
Mayenne, ou Laval comme le nouveau berceau du songwriting pop-rock français.
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