Avant son passage au Bikini ce soir, Ibrahim Maalouf s'est confié sur son passé, son présent et donc son futur. En clair, le trompettiste lie le temps et l'espace dans un sublime nouvel album « Diagnostic ». Conversation.
Un instrument comme prolongement de son corps. De son âme. Ibrahim Maalouf incarne la modernité par son talent, ses compositions et ses collaborations. Il incarne aussi un métissage musical entre le jazz, le rock, la musique balkanique, les sons latinos ou orientaux. Avec Diagnostic, son sublime nouvel album, l'artiste continue sa psychanalyse musicale. Et prouve qu'il est un surdoué.
Ibrahim Maalouf explore avec talent une palette de sons et d'influences diverses. En clair, il dynamite son genre avec un album tellurique et lunaire. Contradiction, je ne crois pas. Conversation discrète avec un homme humble avant son passage par Toulouse ce soir.
Avant de commencer toute indiscrétion dans ton travail et ton oeuvre, peux-tu me dire qui est donc Ibrahim Maalouf ?
Question toujours très difficile. C'est toujours très difficile de se définir Mais, comment dire. Mon instrument de prédilection est la trompette. J'ai commencé à jouer de cet instrument très jeune, mais ce fut d'abord le piano en autodidacte. Plus de 2/3 autres choses. Je compose surtout. Je crois même que je vais me diriger plus vers ce rôle là. En ce moment, c'est ce qui m’anime.
A quel moment as-tu eu le déclic pour la musique ?
Le déclic, je ne sais pas exactement. J'ai grandi avec la musique en permanence. C'est comme toi qui parle français, c'est inné, tu n'y peux rien. Moi, la musique c'est naturel, comme le français pour toi. Mais j'aurais pu tomber plus mal. La musique est un objet rare qui coule dans ma vie depuis toujours.
Et le jazz ?
Je ne me considère pas réellement comme quelqu'un du jazz traditionnel. C'est vers mes 17 ans que j'ai découvert cette musique. Ajouté à ça les influences d'autres courants. Je m'en inspire beaucoup, même si j'aime croire que je m'apparente à un jazz nouveau. D'ailleurs, j'aime bouleverser les codes du genre en proposant ma propre vision à la lumière de mon histoire.
Dans ta musique, tu viens de l'évoquer, de nombreuses influences comme le répertoire balkanique…
Oui, ça fait partie de moi. De ce que j'ai toujours écouté. C'est tout un monde que j'ai découvert à l'époque d'Underground et des films d'Emir Kusturica. J'essaye donc de l'intégrer naturellement à mon travail. Mes influences sont présentes en moi, et sortent naturellement quand je compose.
Certaines critiques disent même que tu fais le pont entre la tradition et la modernité. Tu en penses quoi ?
S'ils le disent, tant mieux. Je pense surtout que c'est une bêtise. Je suis juste un pont entre différentes musiques. J'essaye de faire bouger les choses surtout.
Cet automne, tu as sorti l'album Diagnostic, le troisième volet de ta trilogie. On remarque une chose la réminiscence du Dia comme sonorité dans le titre (Diaspora et Diachronism sont ses deux premiers albums). Peux tu m'en dire plus ?
Tout à fait. Ce que j'essaye de ressentir sur mes 3 albums demeure la recherche du temps, de l'époque et le voyage dans le temps. Pour Diaspora, c'est le voyage ou plutôt la traversée entre différents lieux. Diaschronism est la traversée de couches géologiques. Et Diagnostic est l'étude de moi même. A quelle époque j'appartiens reste une de mes quêtes… C'est l'étude de soi. Je crois que j'essaye vraiment de chercher quelque chose à travers ce Dia.
Tu as aussi traversé les genres avec quelques collaborations.
Il y a eu beaucoup de collaborations. Étrangement, je n'ai pas vraiment composé pour les autres, mais j'ai souvent participé sur le travail d'autres. C'est très important pour moi. Ça me permet de me construire en tant que musicien et en tant qu'homme. Les collaborations sont donc fondamentales et elles permettent de ne pas se sentir installé. C'est toujours bon pour un artiste d'avancer dans ce cadre là.
Il y a une collaboration qui t'a plus marquée que les autres ?
Il y a en qui sont plus fortes que les autres. Comme mon travail avec Lhasa De Sela sur The Living Road. Elle m'a beaucoup inspiré lors de notre première rencontre. C'est quelqu'un d'humain avec un talent assez brut et rare. Lhasa restera certainement ma rencontre la plus mémorable.
On a oublié aussi d'évoquer ton héritage paternel. Un lien fort vous unis ?
C'est vrai. Il m'a offert cet instrument. C'est un héritage inestimable encore une fois. On peut dire que c'est un outil d'une richesse incroyable. Mais l'héritage doit servir à creuser de nouveaux sillons dans une version nouvelle et renouvelée de mon histoire.
Tu seras sur la scène du Bikini le 26 janvier. Peux-tu me dire dans quelle formation tu vas cette fois-ci évoluer ?
Je garde le même groupe qu'avant, avec un musicien en plus. Un musicien breton. C'était un de mes étudiants au Liban. Je le trouvais pas mal, mais il s'est révélé avoir des talents cachés avec d'autres instruments. On sera donc six sur scène pour prolonger mon dernier album. Sans oublier le reste
Tu parlais de composition tout à l'heure. Mais la scène respire en toi ?
Depuis toujours. La scène rythme ma vie. J'ai commencé à 8 ans, et j'en ai 31 aujourd'hui. Donc, je continue, je ne pourrais jamais m'en passer. L'essentiel est d'avoir quelque chose à dire, dans une salle complète comme dans une salle vide. Il y a longtemps, il m'arrivait de jouer devant presque personne. J'avais quelque chose à dire, je le disais. Je suis depuis toujours cette ligne directrice.
Traditionnellement, on pose des questions à réponses rapides…
Quelle autre personne aurais-tu aimé être ?
Un réalisateur de film. Je ne sais pas qui, c'est difficile. Mais un raconteur d'histoire. Dans ma musique, le cinéma est très présent, j'essaye de m'en inspirer. J'essaye d'envisager ma musique comme ça.
Jamais de composition de Bandes Originales de film ?
On commence à m'en proposer. Comme je le disais plus haut, je me tourne de plus en plus vers la composition. Ce serait donc une suite logique.
Quel est ton premier souvenir de concert ?
J’étais tout petit. J'ai commencé très tôt à baigner dans cet univers, grâce à ma famille notamment. Je pense que j'avais 2 ou 3 ans la première fois. En tout cas, c'est plein de petits souvenirs.
Quel album recommanderais-tu, à part le tien évidemment ?
Le deuxième album de Lhasa De Sela.
Ton dernier coup de cœur ?
C'est un film de Maïween : le Bal des actrices. J'ai vu Polisse et j'ai été ébloui par son talent. J'ai donc revu son deuxième film.
MB
Ibrahim Maalouf en concert à Toulouse
Jeudi 26 janvier à 20h30 au Bikini
Entrée : 23,50 euros
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