
A l’occasion de la sortie de son premier album « The Haunted Lemon », rencontre avec la chanteuse Heeka.
Hier, Heeka voltigeait à quatre mètres au-dessus du sol, rêvant de devenir une artiste de cirque acrobatique. Aujourd’hui, elle se tient solidement ancrée dans le sol, sa guitare à la main, prête à dévoiler son âme à travers son premier album, « The Haunted Lemon, ». Bien loin des voltiges acrobatiques, Heeka jongle avec les accords et les mots, créant une expérience musicale convoquant les esprits et les sons. Ce premier opus marque le début d’un chapitre musical prometteur pour Heeka. Pénétrez dans l’univers de la chanteuse et de son The Haunted Lemon.
Pour fêter la sortie de l’album, Toulouseblog a discuté avec Heeka le jour du lancement de ce dernier (le 19 janvier) . Retour sur la création de The Haunted Lemon.
Jeudi 18 janvier, tu étais au Metronum Toulouse pour présenter ton premier album au public la veille de sa sortie. Comment as-tu vécu ce moment ?
C’était trop chouette, c’était vraiment cool. On a passé un super moment. Les gens étaient contents, il y avait plein de monde. Présenter l’album au public est un sacré accomplissement. Je travaille depuis plus d’un an sur cette création avec mes musiciens, ça m’a demandé beaucoup beaucoup de travail. C’était vraiment super de pouvoir enfin présenter le projet devant un public.
Et le lendemain, vendredi 19 janvier, l’album fut enfin disponible. Quel étais ton état d’esprit au moment de cette sortie ?
C’est assez incroyable dans le sens où je réalise pas encore je pense, que ça sort aujourd’hui… Tout le monde peut écouter l’album : je suis très contente. Pour le coup, ça a été plus de deux ans de travail donc je suis bien contente de pouvoir enfin faire écouter aux gens ce avec quoi j’ai été occupée pendant ces 2/3 dernières années.
L’album, maintenant, appartient un peu au public. Tu te poses des questions sur la façon dont il est réceptionné ? Comment il est écouté ?
Carrément, j’adore imaginer ça. De me dire où est-ce que ma musique se balade maintenant ? Parce que c’est vrai d’un coup ça sort de chez moi. Peut-être qu’il y a quelqu’un qui court avec cette musique ? Quelqu’un qui ne va pas se sentir bien et qui va écouter mes titres et il va encore plus pleurer. Des gens vont pouvoir l’écouter de la même manière que moi j’écoute des artistes. Que ma musique va procurer des émotions et accompagner certains moments des journées du public.
On va parler de l’album évidemment, mais avant je voulais revenir un petit peu sur la scène. Est-ce qu’on pense à la scène quand on compose un album ?
A mon avis, ça dépend vraiment des artistes. Moi pour le coup, là je ne l’ai vraiment pas pensé pour la scène. C’est-à-dire que je me suis vraiment dit « je fais un album et je vais au bout de mes morceaux ». Comme moi je les entends dans ma tête, il y a plein de bruits dans l’album, genre des talons de chaussures, des choses non pensées pour le live. Du coup, on a vraiment passé beaucoup de temps en résidence pour les réarranger pour le live.
Est-ce qu’il y a des morceaux où on se dit « je pensais que ça ne serait pas aussi bien en live » ? Ou le contraire ?
Oui. Il y a deux morceaux qu’on ne fait pas en live par exemple, où ça aurait pu être chouette, mais dans l’équilibre du set ça ne fonctionne pas. Mais après il y a des belles surprises aussi, je pense à « Dancing in the dark » qu’on a complètement retravaillé dans sa version live.
On va parler de cet album, déjà pourquoi ce titre très mystérieux : The Haunted Lemon ?
Le titre a surtout pris le nom d’un morceau… Je ne sais pas encore comment raconter cette histoire (rires). En gros, le citron c’est un peu la métaphore d’un traumatisme où à un moment donné, j’essaie de mettre un petit peu les mauvaises ondes dans un objet que je peux jeter. Il y avait ce citron et je me suis dit aller, je le fais. Je n’arrivais vraiment pas à vider ma tête et j’ai essayé ce truc, un peu vaudou de mettre mes énergies négatives dans autre chose, et du coup j’ai jeté ce citron par la fenêtre. Le jour d’après, je me suis réveillée et ce citron était dans le couloir sur une valise noire sans savoir comment il a atterri là. Du coup, mon imaginaire s’est complétement ouvert, et j’ai fait un morceau là-dessus. Et après avoir enregistré l’album, je me suis rendue compte que dans pas mal de morceaux, il y avait cette idée-là : je parlais pas mal de traumatismes, de choses vécues… Je trouvais que le mot « hanté » était bien aussi pour le nom de l’album. L’ambiance générale de l’album colle parfaitement à son titre.
Il y a un côté mystique dans cet album ? Spirituel ?
Pas vraiment. Ce n’est pas une volonté de départ. Cela vient avec le temps. Au moment d’enregistrer l’album, je me suis rendue compte qu’il y avait pas mal de petits fantômes. Dans chaque morceau, j’aimais bien rajouter des petites choses que des gens entendront certainement pas, mais qui sont là. Qui sont quelque part derrière, comme des petits fantômes de la musique. Mais sinon non, je ne suis pas particulièrement branchée spiritualité.
Musicalement, tu te situes entre le rock, la folk, le blues… Le style dépend de ce que tu veux raconter ?
Il y a des morceaux que j’ai envie de faire très très rock avec plein de sons saturés, et puis d’autres quasiment à cappella parce que ça va avec ce que j’ai envie de dire dans les textes. Moi j’aime bien me dire que la musique ne se cantonne pas à un style. J’aime bien l’idée de pouvoir aller un peu partout. En tout cas d’être cohérente avec les mots que j’ai envie de dire, et je pense que je ne peux pas me cantonner à un seul style.
Comment se passe la création des chansons ? Tu commences par les textes, la musique, un thème…
Ça ne commence jamais par la thématique. Enfin, je ne me pose jamais à une table en me disant « bon, de quoi je vais parler ?». Mais souvent je prends ma guitare, ou un peu un piano aussi, et je commence à chanter des choses en yaourt, et petit à petit, il y a des mots qui s’en dégagent, et à partir de ce moment-là, le morceau prend une direction souvent. Mais j’avoue que c’est quand même plus souvent en faisant de la musique, plutôt que d’intellectualiser ce que j’ai envie de dire en amont.
Est-ce qu’il y a des sens de phrases ou de chansons qui se révèlent après coup ?
Ah c’est une bonne question. Je pense que ça m’est arrivé. Notamment, il y a des morceaux que j’ai écrits rapidement parce que j’avais besoin de sortir quelque chose, et quelques jours après je me suis dit « ah ouais mais en fait ça parle vraiment d’un sujet lourd et tout » . Je prends conscience plutôt de la lourdeur des sujets des fois. Il y a toujours une deuxième lecture qui arrive à un moment donné. Il y a toujours des phrases dont on ne se rend pas trop compte de leur force au départ.
Tu abordes dans cet album des thèmes variés avec des sujets lourds de société parfois même la violence aussi. L’écriture est une libération ?
Oui oui complètement. J’ai commencé la musique pour ça, pour me libérer de plein de choses et je pense que ça ne me quittera pas. J’ai l’impression que c’est vraiment la raison pour laquelle je fais de la musique. Donc oui, complètement.
Comment décrirais-tu l’atmosphère de cet album ?
On n’est pas dans un album solaire. Il y a pas mal de mélancolie, de colère, de dégoût, enfin voilà plutôt ces émotions-là je dirais, qu’on associe à des choses pas positives en tout cas.
Quand on te parle, on te sent rayonnante, solaire, et quand on écoute ta musique, il y a un peu plus de noirceur, il y a une personnalité civile et l’artiste ?
Pour moi, les deux sont complètement mêlés. J’ai toujours dit que je n’ai pas l’impression d’être un personnage sur scène, et que c’est juste une autre facette, et que je suis très contente que cette facette-là, elle existe en musique et qu’elle laisse la place à l’autre facette dans la vraie vie.
Pour revenir un peu sur ton parcours, la musique est arrivée à quelle période de ta vie ? Et comment t’es rentrée là-dedans ?
Moi, j’étais circassienne avant la musique. J’ai fait 11 ans de cirque et 5/6 ans d’études vraiment pour devenir circassienne, mais je me suis blessée au genou entre deux écoles que j’étais en train de faire. J’ai dû arrêter parce que je voyais que mes genoux se détérioraient… J’ai passé deux ans dans le néant un peu, dans le sens où j’avais aucune idée de quoi faire. Ma vie était vraiment toute tracée avec le cirque, j’étais dans une école où, quand je sortais de là, elle me donnait mon intermittence et puis du travail. D’un coup je me suis retrouvé à me demander « je vais faire quoi ? » Et j’ai commencé vraiment la musique à ce moment-là. Avant, c’était un peu ma petite passion cachée avant de me lancer. Et j’ai fait une formation à Toulouse qui s’appelle « parcours d’artistes » que propose Octopus et ça a vraiment été le début pour moi
Quel est la suite pour toi dans les prochains mois ?
Il y a quelques concerts qui arrivent. Là je pars à Paris le 30 et 31 janvier. Je fais deux dates en solo à la Boule Noire et un Sofar Sounds. Après, on a pas mal de petites dates qui commencent à rentrer petit à petit donc voilà la suite c’est ça. L’idée c’est d’avoir le plus de concerts possibles, je suis en pleine recherche de concerts en ce moment pour aller défendre cet album sur scène.