jeudi , 3 avril 2025

Interview – Joseph Kamel : « J’écris des chansons pour me rappeler d’aller bien »

Avec son premier album « Miroirs », Joseph Kamel frappe fort et nous bouleverse de titre en titre. A l’occasion de son concert au Rex de Toulouse, rencontre avec le chanteur de « Celui qui part ».

Coup de coeur pour Joseph Kamel, talent musical unique du haut de ses 27 ans. Dans la lignée de ses aînés de la Nouvelle Scène Française (Ben Mazué, Jeremy Frérot, Grand Corps Malade), sa musique est à l’image de sa voix : percutante, profonde et inspirante. 

Il s’est notamment fait remarquer lors de l’émission The Artist sur France 2, en première partie des Zéniths de Julien Doré et dans la sélection radar Spotify 2023. Son premier album Miroirs est sorti le 27 octobre 2023, emmené par son single Celui qui part, top 20 des radios françaises.

Dans Miroirs, Joseph Kamel nous évoque son histoires, nous dévoile ses émotions, nous questionne sur nos émotions. Il fallait donc prendre le temps pour rencontrer le chanteur avant son passage au Rex de Toulouse pour évoquer son parcours, son album, la scène et le succès de la chanson de Pierre Garnier , vainqueur de la Star Academy.

L’actualité chaude du moment, c’est la présentation de ton premier album « Miroirs » sur scène, on se prépare comment ?

On se prépare en répétant, en peaufinant les derniers détails avec les équipes, que ce soit les musiciens sur scène ou la technique. On bosse tous les derniers détails, histoire d’arriver le plus prêt possible. Et puis beaucoup de joie à l’idée de démarrer cette tournée qui va nous emmener dans pas mal d’endroits en France et je crois qu’on est tous très excités à cette idée-là.

Que représente ce moment pour toi ?

C’est vraiment pour moi, ma partie préférée de ce formidable métier que je fais. J’adore être en studio, composer des chansons, j’adore les différents moments comme celui que je suis en train de vivre, où je peux parler de ce que je fais. Mais pour moi, le but est d’être sur scène. C’est unique, chaque date est différente. À chaque fois, il y a une atmosphère particulière dans la salle, une énergie qu’on ne pourra jamais reproduire ni jamais anticiper.

On va faire un petit point sur le parcours :  l’amour de la musique est arrivé très tôt chez toi.

Oui, ça a toujours été là. Pas forcément d’en faire, mais la passion d’en écouter, d’analyser, les émotions que procure la musique ça a toujours été présent chez moi. J’ai grandi en Égypte, je suis arrivé en France quand j’avais 13/14 ans, et je me souviens d’aller dans le salon de l’appartement familial et il y avait une immense armoire dans laquelle il y avait plein d’albums. J’en récupérais 5/6 par jour, que j’allais écouter sur mon petit poste CD dans ma chambre, et c’est comme ça que j’ai eu mes premières passions musicales. Et ensuite c’est vraiment en arrivant en France que la passion de faire de la musique est vraiment arrivée. J’avais joué de quelques instruments quand j’étais petit, mais ce truc de prendre une guitare, de commencer à composer des chansons, découvrir ma voix et tout, c’est arrivé pendant l’adolescence. Et ça a toujours été là depuis. Et puis ensuite ça a été ces 4/5 dernières années une suite de rencontres incroyables, des moments fous, qui m’ont amené à pouvoir dire maintenant que faire de la musique, c’est mon métier, et c’est assez fou.

Dans une interview, tu dis que « tu cherchais ta voix », est-ce que tu as trouvé cette voix ou est-ce que tu continues à la travailler comme un instrument ?

Moi je suis convaincu de toute façon, que rien n’est définitif, dans la musique en particulier, et que le moment où on se dit « bon c’est bon j’ai compris, j’ai trouvé, ça y est c’est comme ça que ça marche », en général, c’est le début de la fin. Donc non, même si je suis content, que je suis de plus en plus à l’aise pour chanter, forcément le fait d’avoir été beaucoup en studio et beaucoup sur scène, ça m’a appris des choses sur ma voix que je n’avais pas encore captées il y avait 3/4 ans. Je suis quand même convaincu que j’ai encore énormément de choses à apprendre et qu’il y a plein de possibilités, que ce soit dans ma voix, mon écriture, ma composition, ma manière de jouer des instruments, ma manière d’être sur scène.

Chez toi, la voix est vecteur énorme d’émotions. 

L’émotion pour moi, c’est ce qui doit arriver en premier en fait. C’est pour ça qu’on fait de la musique, ce n’est pas pour impressionner par des performances quelconques ou pour pouvoir se vanter d’un quelconque talent. Pour moi, si j’écoute de la musique et si j’en fais, c’est pour ressentir des trucs. Ce que je réussi à faire ressentir aux gens qui m’écoutent, ce que moi je ressens quand je chante, c’est la clé.

Dans ta jeune carrière, il y a eu deux moments clés : The Artist et la tournée en première partie de Julien Doré. Comment pourrais-tu pourrais définir ce que ces deux moments t’ont apporté ?

Ils ont été tous les deux hyper hyper importants. The Artist, c’était mes vrais premiers pas dans le milieu de la musique professionnelle, ça a été une formation rapide accélérée. De ce que c’est que d’être à la télé, de chanter des chansons, de rencontrer des gens aussi fabuleux. Ça a été une émission qui avait un concept quand même assez fou, et c’était un pari assez dingue. C’était de prendre des jeunes auteurs / compositeurs, quasiment tous inconnus et leur proposer de venir sur une heure de grande écoute sur une grande chaîne chanter leur propre chanson et les défendre. Le succès de l’émission n’était peut-être pas au rendez-vous, mais en tout cas moi j’aurai toujours beaucoup de gratitude et de respect pour Nagui d’avoir osé ce pari-là sur France 2, et moi ça m’a amené beaucoup beaucoup de choses.

Et après la tournée de Julien Doré. On se retrouve face dans des salles immenses. 

C’était complètement dingue, franchement je crois qu’encore aujourd’hui j’ai eu la chance de vivre des choses depuis cette tournée, des choses fabuleuses, je pense aux NRJ Music Awards, à des trucs dans le genre qui ont été très très forts en émotions. Mais j’ai rarement retrouvé quelque chose d’aussi intense que ma première fois au Zénith de Caen à la maison, ou mon premier Bercy. J’ai presque eu une expérience de sortie de corps au moment où je dis « Bonsoir Bercy », je me dis « ah ouais qu’est-ce que je fous là ? » Et ça a été tellement intense, tellement beau à vivre, et j’ai eu tellement de chance, parce que le public de Julien était extrêmement bienveillant, il était dans cette envie de découverte.

On va parler un petit peu de l’album. Dans ton écriture et dans la composition, comment abordes-tu une chanson ?

Honnêtement, ça va revenir un petit peu à ce que je disais tout à l’heure, c’est jamais la même chose. Et tant mieux. Il y a des fois où j’ai une mélodie qui traîne en tête, que j’enregistre sur mon téléphone et ça part de là. Des fois ça part d’une suite d’accords que je trouve sur une guitare ou sur un piano, et puis ça commence comme ça. Enfin, c’est tout simplement un thème, des phrases, des mots que j’ai en tête et que j’ai envie de développer. Moi j’ai juste une règle, même si j’y ai dérogé plusieurs fois, mais un truc auquel je me tiens : c’est qu’une chanson doit marcher en guitare/voix ou en piano/voix avant d’ouvrir son ordinateur et de commencer à faire de la production.

Est-ce qu’il y a des textes , dont la signification, apparaissent après coup ?

Oui carrément, même des fois j’ai des textes presque prémonitoires. J’écris et je me dis « là, cette chanson c’est totalement une fiction, je parle d’un truc mais voilà moi je l’ai pas vécu » . Quelques semaines ou mois plus tard, en la réécoutant ou en la jouant sur scène je me dis « en fait non, non, ça parle complétement de moi encore une fois ».  C’est juste que je ne me l’étais pas avoué à l’époque. Donc oui, des fois, le sens du texte et la manière que j’ai de le vivre autobiographiquement ou pas, arrive après.

On pourrait aussi définir ton écriture comme une écriture d’observation. Tu aimes regarder les gens et d’adapter cela en chanson ?

Oui, beaucoup. C’est fascinant en fait de voir les relations entre les gens, les manières dont les gens vivent les choses. Toutes les choses que je traverse, tous les moments où j’ai des pensées compliquées, où j’ai des peurs, où j’ai des angoisses etc. En fait tout le monde vit ça. Et tous les gens autour de moi sont tout aussi complexes dans leur cerveau, tout aussi paumés, tout aussi plein d’interrogations que moi. Et c’est important de se le rappeler souvent. Des fois, on a un peu tendance à voir les gens autour de nous comme des pièces dans le puzzle de nos vies, et en fait non, tout le monde est un puzzle aussi complexe que nous.

Il y a  un côté très lumineux dans tes chansons 

Oui il y a de l’espoir. Mes chansons moi, m’aident. Je sais qu’il y a des gens qui écrivent des chansons pour extérioriser des émotions qu’ils ont et pour les mettre sur le papier et ensuite passer à autre chose. Moi j’écris des chansons pour me rappeler d’aller bien. Pour me dire qu’il y a du beau, qu’il y a de la lumière, pour me dire que ça va aller. Ce sont des petits messages à moi-même, et en même temps des messages aux gens qui m’écoutent, pour leur dire « On est sur la bonne voie. Ça va aller ».

Il y a une question que j’aime bien poser aux artistes : quel titre retiendrais-tu de cet album, quel titre mettrais-tu en avant ?

C’est tellement dur, je ne peux pas choisir entre tous mes enfants comme ça. Honnêtement, y en a plein que je choisirai pour des raisons totalement différentes. Évidemment, « Celui qui part », c’est une chanson qui me tient beaucoup à cœur, et tout le chemin qu’elle a vécu auprès des gens ça me bouleverse, parce que c’est un titre extrêmement personnel avec un thème assez dur en vrai. Évidemment il y a « Caire » parce que c’est un hommage à cette ville dans laquelle j’ai grandi, à ma famille que j’ai pas vue depuis longtemps. Et puis il y a la chanson « Miroirs » que moi j’aime beaucoup et que je trouve importante parce que c’est cool de parler du fait que tout le monde, à des moments de sa vie, quand il se regarde dans le miroir, et bien n’aime pas ça quoi. C’est normal d’avoir des complexes, d’avoir des choses qu’on n’aime pas, et c’est normal d’avoir besoin, des fois, qu’on nous dise qu’on est beau tout simplement. Et c’est ok d’avoir ce besoin-là.

Il y a aussi cette chanson avec Pierre, le gagnant de la Star Ac, un succès énorme, le succès de ce début d’année. Comment vis tu tout ça ? Comment s’est passée la rencontre avec Pierre ?

Pierre, c’est simple, c’est un copain. Il a vécu à Caen pendant un moment, on s’est rencontrés comme ça. On a vite commencé par vivre des chouettes moments ensemble, et puis par se dire qu’on aimerait bien écrire des chansons ensemble et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé dans mon studio avec Daisy pour écrire. Au bout de trois heures, on se disait que c’était nul, et du coup on est allé se poser un peu sur la terrasse pour boire un café, et avec une guitare à ce moment-là c’est là que l’idée est venue. On s’est dit de quoi on aimerait parler?  D’un truc qui nous relie un peu tous, ces histoires d’amour un peu foireuses dont on n’a envie de garder que le meilleur, et très très vite la chanson est née. Ensuite il s’est passé ce qui s’est passé pour Pierre. Moi je suivais ça depuis mon salon en regardant la Star Academy, et semaine après semaine, j’étais bluffé par ses performances, par la personne qu’il était sur scène et qui était totalement raccord avec la personne que j’avais connu à Caen. Puis, la finale, ce coup de maître de Dadju et ensuite la chanson avec ce qu’elle est en train de vivre et c’est complètement dingue. On est tous tellement heureux pour lui. C’est beau, c’est une très belle histoire, je suis hyper heureux d’avoir pu, à ma manière, en faire un peu partie quoi.

Pour finir justement, la suite c’est la tournée ?

Déjà ça, la tournée. J’avoue que pour l’instant c’est surtout ça que j’ai en tête. C’est tellement fou, c’est ma première vraie tournée à moi, dans plein de villes de France pour aller rencontrer les gens qui m’écoutent donc là c’est vraiment là-dessus que je suis focus et j’ai trop hâte.

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