
L’humoriste Pierre-Emmanuel Barré présentera son seul en scène lors d’une date exceptionnelle au Zénith de Toulouse le 18 janvier 2023. Interview fleuve avant son passage toulousain !
Après le succès de ses seul-en-scènes, « Pierre-Emmanuel Barré est un sale con » et « Nouveau Spectacle » ainsi que de la pièce Full Metal Molière, l’humoriste nous offre « Pff.. » un seul en scène unique dans son genre dans l’écrin du Zénith Toulouse Métropole. En plus, il s’entoure d’invités : Giedré, Ayemeric Lompret, ou encore Benjamin Tranié et Guillaume Meurice.
Toulouseblog a rencontré Pierre-Emmanuel Barré pour évoquer le spectacle, son écriture, la politique, son rôle dans la nouvelle série de Jean-Pascal Zadi et tant d’autres sujets. Rencontre.
Le 18 janvier prochain, tu présenteras ton dernier spectacle au Zénith Toulouse Métropole avec des invités. Dans quel état d’esprit es-tu ?
Je ne te cache pas que je suis un peu ému, ce qui est assez rare, parce que je suis vraiment triste d’arrêter ce spectacle. C’est vraiment le premier spectacle que je vais regretter.
Pourquoi ?
Parce que tous les autres je les ai joués pareil, 3 ans et ce spectacle là c’est le premier où je n’en ai pas marre de le jouer. Il faut arrêter normalement avant d’en avoir marre et c’est la première fois que je m’arrête avant d’en avoir marre. Je suis presque triste de finir, mais après c’est chouette d’avoir l’occasion de le finir sur des soirées un peu spéciales avec les copains et des trucs un peu exceptionnels. C’est une chouette mort pour le spectacle.
Un spectacle particulier sur la forme. Peux-tu me décrire « Pfff » ?
C’est une conférence, ce n’est pas vraiment du stand-up . J’en avais un peu marre de faire des trucs théâtraux et je me suis dit « qu’est ce que je pourrais faire qui me donne ce confort de mise en scène ? De pouvoir rire avec la mise en scène, avec les décors ? ». J’ai eu l’idée de la conférence il y a quelques années et le format m’avait beaucoup plu. Du coup, j’ai décidé de faire une conférence mais c’est une conférence vraiment absurde et un petit peu sale, parce que j’aime bien aussi. La forme est vraiment originale et je suis très content du fond.
« La forme est vraiment originale et je suis très content du fond »
Consacres-tu des temps d’improvisation ?
Il n’y a pas trop d’impros. Il y a des modifications selon les endroits où je joue. Je change pas mal par rapport aux villes. Mais je ne suis pas fan d’impro. Moi je suis plus un nazi du texte…
Est-ce que tu as prévu d’ajouter des choses selon l’actualité ?
Je change très souvent. Je jouais à Montpellier hier (NDLR : interview réalisée en décembre) et je l’ai encore changé hier soir après l’avoir joué, alors qu’il a déjà 3 ans et qu’il marche très bien. Je change régulièrement pour qu’il soit toujours au maximum, dès qu’il y a quelque chose qui vieillit, je l’enlève et je le remplace. Mais il n’y a pas de revue de presse d’actualités ou de choses comme ça, ça reste de la politique intemporelle.
Il y a quand même un dépoussiérage régulier pour pouvoir coller aux évènements.
Oui, parce qu’il y a des choses qui deviennent dans l’air du temps. Par exemple, ce que j’ai fait sur le COVID, ça fonctionnait bien mieux il y a un an et maintenant ça ne mérite plus d’avoir tant de place dans le spectacle donc ça a été réduit. Il y a des nouveaux sketchs qu’on a fait avec mon co-auteur à la place et qui remplacent avantageusement le passage COVID, parce que les gens en avaient un peu marre qu’on parle de COVID.

Parle-moi d’ailleurs de ton processus d’écriture avec Arsen, ton co-auteur.
Avec Arsen, on s’est rencontré à Canal et depuis on travaille ensemble tous les deux. Ça rend le travail ludique d’être à deux. Ça permet de pas se faire chier en écrivant. C’est un jeu, on s’amuse. On a le même humour. On a fait du one man à peu près en même temps et lui a arrêté parce qu’il voulait être auteur . Comme on a le même humour et le même univers ça matche bien !
Tu es connu pour écrire sur des sujets un peu durs, sans pincette, est ce qu’il y a des sujets où tu es un peu plus mal à l’aise avec l’écriture ?
Non c’est vraiment au feeling. Si je trouve une blague suffisamment drôle sur le sujet, je n’hésite pas du tout à la faire. C’est vraiment une question d’humour. Si c’est assez marrant, on peut parler de n’importe quoi.
Est-ce que tu t’interroges en fonction de ton public ?
Non, non pas du tout. Moi je le fais pour me faire rigoler moi, et les gens le savent bien. Il n’y a pas de triche : si moi ça me fait rigoler, je le mets ! Vraiment si je trouve ça pas suffisamment drôle, je ne vais pas traiter le sujet. Mais ça ne sera pas à cause du sujet, plutôt moi qui n’aura pas trouvé la bonne blague .
« Je trouve ça dommage quand on a un micro et qu’on parle plus fort que tout le monde, de l’utiliser pour dire de la merde. »
Est ce que justement sur certains sujets, tu penses que tu as un rôle pédagogique à travers ton humour ?
Je trouve ça dommage quand on a un micro et qu’on parle plus fort que tout le monde, de l’utiliser pour dire de la merde. Mais pour plein de gens, ce que je dis c’est de la merde. Donc je ne pense pas qu’il y ait vraiment de côté pédagogique et je ne pense pas que ça change grand-chose. Si ça changeait quelque chose, Macron ne serait pas président. Je me suis battu pendant 3 ans pour dire aux gens de ne pas voter pour lui et il est quand même président, donc ça prouve bien que ça ne change pas le cours des choses. Ce n’est pas pour autant que ça ne sert à rien d’en parler et de le dire.
Pour le spectacle sur Toulouse, il va y avoir Giedré, Aymeric Lompret, Benjamin Tranié, Guillaume Meurice . Le casting c’est ton idée ou ce sont eux qui t’ont contacté ?
Non, ce sont les gens dont j’aime le travail. Les gens qui me font rigoler et qui sont aussi des copains. Guillaume Meurice, on a commencé ensemble ; on se connaît depuis 20 ans, on a commencé chez France Inter en même temps, on faisait des petits spectacles au même moment, on se connaît très bien.
Si tu devais inviter une autre personne, tu penserais à qui ?
Chris Esquerre. Je suis vraiment très fan de lui, il ne tourne pas beaucoup en ce moment mais c’est vraiment le mec qui me fait le plus rire. Yacine Belhousse aussi. Mais bon on ne peut pas inviter tout le monde, après ça va durer 5 heures.
A Toulouse, c’est quand même une salle avec 5000 personnes ce qui change des petites salles. Est ce que tu as une préparation particulière ?
La préparation technique c’est pas moi qui m’en occupe et heureusement ! Sinon personne n’entendrait rien (rires). Mais oui, le spectacle est adapté et on ne joue pas pareil. Il y a un truc, quand on joue au théâtre : il faut que le mec qui est au 20eme rang est l’impression que tu lui parles à lui , et qu’il comprenne tout. Dans un Zénith, c’est plus compliqué, c’est plus physique. Et puis comme ça coûte très cher de faire un spectacle dans un Zénith, on est obligé d’augmenter le prix des places ; du coup tu es obligé de faire quelque chose de plus gros. Le spectacle reste le même, je ne vais pas réécrire un spectacle. Ça va être le même spectacle qui sera bien pimpé !
« il y aura surement une captation, on va probablement filmer le spectacle »
Au niveau de cette date et après, en général, est ce que tu as de l’appréhension ?
Oui probablement. Parce qu’il y a plein de trucs qui rentrent en compte, il y aura surement une captation, on va probablement filmer le spectacle, est ce que les gens vont rentrer au bon moment, est ce que tout va bien se passer.. donc oui il y a forcément un peu plus de trac. Mais moi j’ai la chance de stresser énormément, mais qu’une heure avant, donc pour l’instant je ne stresse pas trop. Juste pour le remplissage, la promo, il faut remplir les salles de 4000 personnes. Mais sur le spectacle, ça sera une heure avant. Je risque de bien paniquer et d’aller faire pipi plusieurs fois avant de monter sur scène.
Tu as un rituel avant de monter sur scène ?
Moi, je bois deux Chimay bleu ( bière belge ) mais pas plus parce qu’elles sont costauds.

Les dimanches on retrouve des vidéos sur la route des Zéniths, qu’est ce que tu mets dans ce genre d’exercices vidéo ?
Mon métier, c’est vraiment de la scène et tout ce que je mets autour c’est pour donner envie aux gens de venir voir mes spectacles. J’utilise ça comme un outil promotionnel. Je ne suis pas Youtubeur, je déteste la pub, ma chaîne Youtube n’est pas monétisée donc les gens n’ont pas de pubs pendant mes vidéos. J’aime bien faire de la promo en montrant mon travail, c’est un vrai travail d’écriture, je ne me fous pas de la gueule des gens. J’essaie d’avoir un truc un peu construit.
Est-ce que tu as déjà craint la censure ?
Non. J’ai déjà été censuré, ça m’est arrivé, mais en général je m’en vais tout de suite. Sur Youtube, je mets que mes vidéos ne sont pas pour les enfants et ça protège pas mal . Avec l’expérience j’ai une bonne connaissance du juridique en matière d’humour et je sais jusqu’où je peux aller. Je ne fais jamais de trucs insultants gratuitement. Je joue souvent à la virgule près mais c’est toujours défendable.
« Une sorte de mix entre Laurent Vauquier et François Fillon »
Hors spectacle, on te retrouvera dans la série Netflix « En place» avec Jean Pascal Zadi, cette histoire d’un éducateur noir qui se retrouve candidat à l’élection présidentielle. Comment es-tu arrivé dans ce projet et quel sera ton rôle ?
C’est un petit rôle. C’est l’histoire d’un éducateur qui se présente à l’élection présidentielle et moi je suis un des candidats à l’élection présidentielle et je suis une sorte de mix entre Laurent Vauquier et François Fillon, un peu de droite populiste, droite qui essaie de récupérer tous les mouvements sociaux, et c’est très rigolo parce que ça me permet de dire des choses infâmes dans un joli costume. Du coup c’était très marrant à faire mais c’est un petit rôle, j’espère avoir un plus grand rôle dans la saison 2 , hein Jean Pascal ?
La politique est au coeur de ton travail , est-ce que tu fréquentes ce monde là ?
Je suis assez copain avec Philippe Poutou. Je lui avait proposé d’intervenir dans un de mes spectacles mais ça ne s’était pas fait. Les autres j’essaie de ne pas avoir de rapports, je ne suis pas spécialement fan des politiques de manière générale. Mais j’aime bien Philippe : Poutou président !
Qu’est ce que tu dirais aux Toulousains pour leur donner envie de venir au Zenith ?
Je leur dirais de venir pour le chauffage parce que vu le prix de l’électricité, il va falloir venir se réchauffer au Zenith. Le spectacle est super, je l’ai jamais vu mais on m’a dit qu’il était super.
Le spectacle se termine en Janvier, j’imagine que tu as d’autres projets.
Oui, j’aimerais bien faire une pièce. Honnêtement je ne sais pas encore ce que je vais faire. Je ne peux pas écrire un nouveau spectacle en tournant celui-là, parce que ça me donne envie d’essayer des nouveaux trucs et du coup je me lasse de celui-là plus vite. J’essaie de rester concentré, de continuer dans l’écriture mais dans l’écriture de celui-là pour le faire évoluer. J’ai des idées de ce que je veux faire mais je ne les développe pas maintenant. J’ai trop de travail avec les préparations des Zéniths aussi.
Des idées au cinéma aussi ?
J’ai des idées mais après il faut trouver quelqu’un qui soit assez con pour les produire.
Réservations : www.bleucitron.net
Crédit : Frédéric Maligne