
Caroline Estremo, infirmière toulousaine, présentera son spectacle ce mercredi soir au Casino Barrière et est à l’affiche de « La Fracture » en salle le même jour. Rencontre.
Double actualité pour la toulousaine. L’humoriste, qui nous fait rire sur les réseaux sociaux, sera ce mercredi à Toulouse pour son seule en scène « Infirmière sa mère! ». Elle revient sur son travail aux urgences mais pas seulement. Son ton unique vous embarque. Caroline Estremo est aussi à l’affiche du très beau film « La Fracture » d’Anne Corsini. Pour Toulouse Blog, elle revient sur cette belle année artistique.
Première question, comment vas-tu en ce moment avec cette actualité très chargée ?
Ca va plutôt bien, c’est une bonne période où, comme on dit, les planètes s’alignent parfaitement donc c’est plutôt cool. Le 27 Octobre, on a le casino Barrière qui est complet, on a une nouvelle date : ce sera le 30 Juin 2022, la billetterie est ouverte donc je ne suis pas peu fière de faire deux casinos Barrière . Puis le film « La fracture » de Catherine Corsini dans lequel j’ai joué sort. Et puis bien sûr, la France va mieux, alors du coup la tournée pour « Infirmière sa mère » repart et ça c’est plutôt cool.
Après une longue période sans salle, retour devant le public. La scène a dû te manquer énormément ?
Ça m’a bien manqué. Ce qui m’a manqué surtout c’est d’entendre le rire. Le rire des gens pour le coup. Après dans cette période là, j’ai fait un aller/retour express à l’hôpital en mode « allez salut je m’en vais » et finalement je reviens. J’étais à l’hôpital pour la première vague et ça a été effrayant. On ne savait pas vraiment où on allait et du coup on a dû tout improviser. Ce fut difficile. Après, il y a eu un semblant de reprise donc ça c’était cool. Et puis de nouveau de l’improvisation.
Parlons des bonnes choses : le spectacle. Comment est née l’idée de monter sur scène et faire ce spectacle ?
On me l’a soufflée. En fait, c’est suite à ma vidéo qui a fait le buzz. Une ancienne infirmière qui possède un théâtre en banlieue Parisienne m’a dit : « Moi j’ai toujours voulu voir une infirmière faire un spectacle donc je te laisse 6 mois, écrit un spectacle et vient le jouer chez moi ». J’ai dit « ok ». Voilà comment est née cette idée d’écrire un spectacle et d’aller sur scène pour le jouer tout simplement.

C’est un spectacle personnel : il y a vraiment beaucoup de toi dans ce texte ?
Bien sûr. J’ai raconté mon quotidien, mon vécu. Il n’y a pas de tricherie, tout ce que je raconte a été vraiment vécu. Je n’aime pas trop prendre les anecdotes des autres parce que du coup j’ai l’impression que je ne peux pas les jouer le plus honnêtement, donc du coup 100 % perso.
Où s’arrête la pudeur quand on écrit un texte ?
Je ne sais pas. La pudeur elle est dès le début, parce qu’on écrit en ayant la prétention d’être drôle donc ça c’est terrible parce que tant qu’on n’a pas joué devant un public, nous on se croit drôle mais on ne sait pas vraiment si on l’est. La pudeur est jusqu’au dernier moment. Jusqu’au premier rire où on se dit : « Ça c’est bien, ça a bien marché ». Jusqu’au dernier moment donc c’est un très grand saut.
Comment se passe l’écriture d’un spectacle ?
Simplement. Je me suis mise à l’ordinateur et j’ai écrit. De temps en temps je me levais, je faisais les cents pas dans mon appartement, je revenais, je me rasseyais, je me levais, j’allais faire pipi, je buvais de l’eau, je repartais… c’était un peu bizarre oui ! (rires)
C’est différent de l’écriture d’un livre ?
Oui quand même. J’ai besoin de le jouer quand j’écris un spectacle. C’est pour ça que je me lève et que je teste la chose. J’essaie de faire des mimiques, je vois comment ça se passe, tandis que le bouquin, c’est plus sérieux. Et à la fois, ça prend plus de temps parce qu’il faut bien formuler. Des fois, on a l’idée qui vient et, comme je ne suis pas écrivaine de base forcément, je n’écris pas des phrases magnifiques d’un jet. Du coup quand je me relis je me dis « Oula, non personne ne va comprendre » donc ce sont deux exercices totalement différents.
Il n’y a pas de préférence ?
Non c’est vrai, bonne question, il n’y a pas de préférence. A partir du moment où je crée, j’adore. J’ai toujours aimé créer des choses. Que ce soient des histoires, des dessins. A une époque dans ma jeunesse, j’écrivais des poèmes, c’était ma période collège. Qu’on ne me juge pas ! Je peux passer des heures sur un projet, je ne les vois pas défiler, j’adore créer donc vraiment, quel que soit le support, à chaque fois ce n’est que du kiffe.
Au final, la vocation c’est d’être infirmière ou humoriste ?
Un peu des deux. Je pense que la Caroline enfant vous aurait répondu « je rêve d’être humoriste , monter sur scène, faire rire les gens et faire du cinéma » et puis finalement la vie fait que je deviens infirmière, mais à aucun moment je ne regrette d’avoir passé mes crocs et ma blouse dix fois trop grande ou dix fois trop serrée ( ce qui est plus souvent le cas mais ça il ne faut pas le dire). J’adore les deux, je suis fière des deux.
Quand on parle de son métier sur scène, et qu’on continue de travailler aussi, il y a le regard des membres de l’équipe que ce soit à l’hôpital ou aux urgences, des gens qui arrivent et vous reconnaissent. Comment cela se passe ?
Franchement, c’est cool. Souvent les patients c’est très sympathique parce que soit ils me le disent d’emblée, soit ils attendent le moment où ils quittent la pièce en disant « Vous ne vous moquez pas de moi dans une anecdote hein ?». C’est plutôt sympa et puis après les collègues, ça a longtemps été « oh la star », ils en rajoutaient des caisses. Ou alors pendant que je m’occupe d’un patient « Vous ne savez pas monsieur mais vous avez une star qui s’occupe de vous ». Franchement, c’est bon enfant.
Il y a le buzz sur les réseaux sociaux avec vos vidéos. Cest une autre façon de faire de l’humour, une autre liberté, comment appréhendes tu ce côté là ?
En fait, je le fais vraiment au feeling, c’est à dire qu’au début bien sûr, sur les réseaux sociaux c’était ciblé « mon quotidien infirmière » . Puis, assez naturellement, quand il m’arrivait une anecdote dans ma vie qui me plaisait et que j’avais envie de partager, je le faisais. Sur scène je ne peux pas raconter mon dernier rendez-vous gynécologique, on ne comprendrait pas vraiment, mais je peux me le permettre sur les réseaux sociaux, de par ma communauté qui est habituée au spécimen ! Tout le monde vit au quotidien des moments de gênance absolue donc je pense qu’on se retrouve tous dans ce que je raconte parfois.
Pour l’instant, il y a toujours cette casquette infirmière, que ce soit dans les livres, au cinéma. Est-ce qu’il y a une envie de dépasser ça ?
Pas pour l’instant, peut-être que plus tard oui, ça sera envisagé́. Pour l’instant je me concentre sur la tournée « Infirmière sa mère » parce que j’ai quand même envie de le montrer ce spectacle. Mais après effectivement que j’envisage la suite, il faut y penser et sortir un petit peu de ça, raconter d’autres choses. Peut-être plus sur ma vie privée. Donc c’est en cours de progression, mais d’abord on se concentre sur la casquette infirmière.
On va donc voir cette infirmière au cinéma, comment s’est passé cette rencontre avec Catherine Corsini ?
C’était fou, c’était très très impressionnant. Ça commence avec une directrice de casting qui me suit sur les réseaux sociaux, qui entend ce casting se mettre en place et me dit « Est ce que tu veux tenter les essais ? » Le premier casting marche, le deuxième marche, le troisième elle veut te voir en personne donc il faut jouer devant l’une des plus grandes réalisatrices françaises : c’est un peu terrifiant. Finalement, je suis prise et je suis contente parce qu’à la base c’est censé être de la figuration et finalement c’est un vrai rôle donc bon un cinquième rôle certes, mais c’était fou. Le monde du cinéma c’est au-delà de tout ce qu’on imagine vraiment. C’était autant terrifiant qu’excitant mais à refaire mille fois. J’ai eu très peur je ne vais pas le cacher, c’était très difficile mais à refaire mille fois. Une expérience de fou vraiment.
En plus joli casting, Pio Marmaï…
Marina Foïs, c’était des gens adorables, très abordables, qui prodiguaient beaucoup de conseils. Et c’est vrai que ça faisait peur parce qu’on était majoritairement des vrais soignants. Les gens jouaient leur propre rôle, à part les acteurs principaux bien sûr, et donc du coup c’était vraiment nous, on était tous apeurés. C’était impressionnant mais c’était vraiment cool.
D’où vient cette vocation de faire rire quand on fait un métier aussi difficile ?
Une chose est sûre, c’est que j’ai toujours aimé rire de tout, pour moi l’humour c’est vraiment une arme, un bouclier, mais dans ce métier c’est nécessaire. On a besoin de rire, on a besoin de dédramatiser notre quotidien parce que sinon on ne peut pas. Toute la souffrance, la maladie, l’agressivité́ des gens, on ne peut pas absorber tout ça et rester indemnes donc on est obligé d’en rire. Parfois on fait de l’humour noir, c’est typiquement soignant mais on en a besoin parce que sinon on ne tient pas.
J’ai l’impression que vous êtes heureuse là ?
J’ai toujours un peu peur que quand on dit que tout se passe bien, il y ait quelqu’un qui nous entende et qui dise « Ah ouais ok, je vais appuyer sur le bouton rouge ». Mais j’espère qu’on reste sur le bouton vert et c’est cool.
Info et réservations : https://www.casinosbarriere.com/fr/toulouse/spectacles-et-animations/humour/caroline-estremo.html