Rencontre avec la douce Lise, quelques heures avant le concert du 14 Juillet de "Cali et ses invités" allées Jean Jaurès à Toulouse.
Lise est une fille remplie de douceur et de folie, un savant mélange de technique et de liberté, comme sa musique qui voyage entre le piano et sa voix. Son premier album, sorti en juin dernier est uniquement accompagné au piano, elle en joue, et se l'approprie en expérimentant des sons nouveaux. La scène elle commence à peine à l'apprivoiser mais le résultat est déjà au rendez vous. "La première fois que je suis montée sur la scène du Médiator de Perpignan, raconte Lise, je me suis demandée pourquoi je m’infligeais ça. Chanter en public est une épreuve que je commence à peine à apprivoiser. Le trac me paralyse. Heureusement que je joue du piano. C’est comme un paravent qui me protège."
Le piano, Lise en martèle les touches depuis l’âge de 5 ans mais il lui faudra plusieurs années d’études au Conservatoire de Narbonne pour parvenir à en maîtriser les subtilités. A l’inverse de la très grande majorité des élèves, elle est capable de laisser les touches du piano s’exprimer librement, en fonction de son humeur, de ses envies. Elle s’entête de mélodies nouvelles. Cela s’appelle composer. Elle ne le sait pas encore. Un voyage à Détroit, juste après son bac, va bouleverser imperceptiblement son parcours. Elle s’initie tout d’abord à la musique pop et ses bagages s’emplissent de nouveaux sons (Björk ou les Pixies dont elle reprend un titre dans son album) et de standards dont elle ne savait pratiquement rien (Joni Mitchell, The Smiths)…plusieurs années plus tard, après des voyages et la rencontre avec le pianiste Johan Dalgaard, son premier album sort enfin. Rencontre avec cette jeune artiste rafraîchissante.
Parlons d'abord de la relation avec le piano et de ta formation au conservatoire, ce qu'on ressent dans ton album c'est à la fois la grande technique que t'a apporté cet enseignement mais pas la rigidité qui va souvent avec, comme si tu avais réussi à t'en libérer?
J'ai pas réussi c'est que effectivement même si j'ai eu cet enseignement là, je manquais de rigueur, je manquais de ce que tu dis. Je passais mes examens et on me disait "Waouh c'est super, super musicalité, c'est très beau et tout mais ça manque de rigueur, de solidité, de rigidité, on sent que ça peut être complètement différent du jour au lendemain, tu joues jamais deux fois la même chose." La façon dont je jouais pouvait être hors style, c'était selon ce que je sentais, et pourtant j'ai beaucoup travaillé, et j'aimais beaucoup le piano et j'avais vraiment envie de continuer à en faire, mais c'est vrai que ça c'est quelque chose qu'on m'a souvent reproché.
Pourtant là c'est ce qui fait la force de cet album non?
Oui voilà, et donc au bout d'un moment j'ai compris que je ne serais pas pianiste parce que c'était pas possible, même si on m'encourageait à continuer. Parce qu'en plus j'avais l'impression que ce qu'on me reprochait c'était ce que j'avais de mieux. Mais c'est vrai que dans ce cadre là ça collait pas Et du coup après quand j'ai commencé à faire de la chanson, il y a une porte qui s'est ouverte, je me suis dis tiens même si je ne suis pas dans le classique parce que c'est pas mon truc et je ne serais jamais assez douée pour ça, à partir de ce moment là il y a tout ce champ là de la chanson que j'avais pas explorer et dans lequel mes défauts étaient plutôt des qualités, et ça m'a fait beaucoup de bien, et tu as vraiment entendu cet aspect là.
Dans tes chansons j'ai le sentiment qu'il y a un rapport au rythme important, par un aspect irrégulier, un jeu d'accentuation sonore… je me trompe?
Non c'est vraiment ça, parce que d'une part, vu que je suis toute seule à chanter, je ne joue pas avec des musiciens donc je n'ai pas à tenir un tempo très précis, et ça ça me plait beaucoup, parce que c'est vrai que ce truc de tempo hyper régulier avec lequel on fonctionne dans la musique classique occidentale, ce n'est pas une vérité absolue, tout le monde ne fonctionne pas comme ça et je suis contente quand je joue toute seule de pouvoir me laisser aller, de jouer un truc qui flotte un peu plus, et c'est pour ça que sur beaucoup de morceaux j'ai joué le piano et la voix d'abord, et ensuite on a rajouté des choses autour pour garder cette rythmique là. Et c'est vrai qu'après dans les textes, dans la diction j'ai envie que ça bouscule un peu, dans le chant j'avais envie de quelque chose qui n'était pas linéaire.
Pourquoi avoir choisis de faire un album mi français, mi anglais?
J'avais écrit des textes en français et en anglais tout simplement, et la conception du disque a été faite avec un autre pianiste Johan, qui est danois et qui a dit bon c'est bien on va faire moitié-moitié, pour que ce soit équilibré et je trouvais que ça fonctionnait bien, alors on a choisit ensemble les chansons.
Tu es déjà bien entourée, par Mathias Malzieu, Dominique A, Cali… comment tu gères ça? C'est rassurant d'avoir des artistes à ses côtés dès le début?
C'est très rassurant, mais en fait c'est vrai qu'on a l'impression que c'est le début parce que le disque vient de sortir il y a un mois et demi, mais pour moi c'est pas vraiment le début, j'ai mis beaucoup de temps à faire ce disque, ensuite ça a mis beaucoup de temps pour trouver la structure, beaucoup de temps à sortir etc… il y a eu pas mal d'années comme ça, et en fait Cali je le connais depuis ces années là, depuis le début de la conception du disque, c'est lui qui l'a produit. Mais c'est après que j'ai rencontré Mathias et Dominique, et les relations ont eu le temps de murir entre temps, donc j'ai pas l'impression d'être parachuté avec des gens que je ne connais pas et que j'admire, même si c'est vrai que des fois je suis encore timide. En plus la bio qu'ont écrit Dominique et Mathias a été faite avant que le disque ne sorte, et vraiment le stress c'est si jamais ça plait à personne, et pire si ça pollue, si tu fais quelque chose et que les gens se disent "Ah non surtout pas ça, pas encore la même chose", donc il y a une espèce de pression. Et oui le fait que Dominique et Mathias soit là et me dise non c'est bien, c'est rassurant. Donc voilà je suis contente pour l'instant que ça se passe bien.
Qu'est ce que ça te fais de jouer ici à Toulouse pour le 14 Juillet aux côtés de Cali?
J'étais là l'année dernière en tant que spectatrice en fait, et j'ai trouvé que c'était une super ambiance, mais il y a énormément de monde et du coup quand on m'a dit que j'allais chanter là cette année j'étais à la fois impressionnée et impatiente. Et puis en plus c'est pour le concert de Cali, et les concerts de Cali c'est toujours cool, donc à la fois c'est rassurant de se dire que sur scène il n'y a pas meilleur formateur que lui, donc même si je rate un truc, son spectacle ne sera pas perdu.
Comment ça va se passer ce concert?
Alors moi je vais faire un duo avec lui, mais je ne sais pas exactement ce qui se passe, c'était très contradictoire jusqu'à maintenant, c'est vrai que ce genre d'évènement c'est toujours une grosse machine donc il y a des choses qui se règlent au dernier moment. Donc bon finalement je vais faire un duo, c'est quelque chose que j'aime, on va chanter "Le grand jour" c'est une chanson que les gens aime bien donc c'est cool, et à côté de lui on a l'impression que rien ne peut nous arriver donc c'est encore plus cool.
Ce soir ambiance plus détendue alors, et la suite comment tu le sens? (les Francofolies, les premières parties de Cali), c'est pas le même type de pression non?
Ouais là la tournée des festivals est finie, mais à la rentrée je vais reprendre les premières parties de Cali, et les Francofolies c'est dans deux jours. Ce soir je sais que je vais avoir le trac parce qu'il y a beaucoup beaucoup beaucoup de monde mais je sais que je vais prendre du plaisir parce que c'est chanter avec Cali, c'est son spectacle, c'est un peu comme d'être à l'anniversaire d'un pote, tu sais que ça lui fait plaisir que tu sois là, toi t'es super contente d'être là et tu partages quelque chose donc même s'il y a beaucoup de pression c'est avant tout un moment de partage. C'est pas comme quand je suis en concert toute seule où t'as encore plus la pression, où t'as envie que les gens passent un bon moment pendant 40min, où tu te dis "Est-ce que j'ai la bonne coiffure, est-ce que la robe ça va, est-ce que les chansons sont dans le bon ordre etc"...et puis souvent on te dit, "Ah il y a un tel qui est là ce soir". Donc oui ce genre de concert comme ce soir c'est plus agréable, et la pression n'est pas la même. Par exemple les Francofolies c'est l'enfer pour moi, c'est la pression au maximum.
Clip de Paris, Lise :
Aller plus loin…
Agenda des concerts