Les toulousains du groupe Yaa seront au Bikini pour les Curiosités volume 10 ce jeudi 15 décembre : interview avec le groupe.
(Interview réalisée lors du Weekend des Curiosités en mai dernier). Ils tirent sur leur clope, ravis. Sur une terrasse, au soleil. Il y a chez Yaa une juvénilité déconcertante aux premiers abords. A l'écoute de leur musique, on s'accorde à reconnaître une maturité impressionnante. Rare dans le rock français. Textes métaphoriques, mélodies lynchées, gros coup de coeur pour Yaa. Nicolas et Anthony, sans Philippe, se dévoilent. Pas trop tout de même. Car, la musique prime, pour eux, toujours sur le reste. A cette philosophie, on adhère. Jamais repu, les oreilles voraces à perpétuité, Yaa attend dans l'ombre avant de déverser leur musique sur la France et l'Europe. Car oui, Yaa demeure un groupe à découvrir d'urgence et à suivre avec plaisir. Rencontre avec une des nouvelles pépites de la scène toulousaine.
Commençons par le commencement : Qui est Yaa ?
Anthony : J'adore faire les présentations ! On est trois. Il y a Philippe, celui qui n'est pas là. Il est chanteur, guitariste et clavier…
Nicolas : Ensuite, il y a Anthony qui est batteur et moi je suis chanteur, bassiste et clavier. Et voilà, on est Yaa.
Comment s'est faite la rencontre ?
Nicolas : Avec Philippe, on se connait depuis qu'on est tout petit. On a grandi ensemble. On est arrivé sur Toulouse il y a deux ans, on nous a présenté Anthony par des amis communs. Il avait plus ou moins un groupe, et nous on cherchait un batteur. En fait, on a commencé à répéter tous les trois il y a plus d'un an et on a bien aimé nos morceaux. L'alchimie aussi entre nous. On a donc décidé de poursuivre.
Avant Yaa, il y avait d'autre groupe, d'autres formations où c'est votre première aventure ?
Nicolas : Avec Philippe, on avait un groupe avant…
Anthony : Moi, aussi. Sauf que moi je n'ai pas fait grand chose avec mon groupe précédent alors que eux oui.
Qu'est ce qui vous a donné envie d'accélérer les choses ?
Nicolas : On n'avait pas d'idée précise de ce qu'on voulait faire. On savait ce qu'étaient nos influences. Et en fait, on a aimé ce qui se passait musicalement entre nous trois. On a toujours eu cette envie de faire de la musique… de faire de notre vie de la musique… Donc on répète, on prend un gros rythme. On s'est tous pas mal engagé et ça l'a fait.
Anthony : On s'y attendait pas. Tout s'est très bien goupillé. On a fait les découvertes du Printemps de Bourges cela nous a amené des contacts avec le tourneur et au final on s'est retrouvé là comme ça. On travaillait pour ça mais ce n'était pas autant attendu que ce soit aussi rapide.
Nicolas : Le Bikini nous avait déjà fait confiance en nous mettant sur des premières parties. On a joué aux dernières Curiosités avec Nasser.
Yaa, un nom mystérieux qui sonne bien. Mais cela signifie quoi ?
Anthony : C'est Yelling Atlanta Animals…En fait, au début, si tu veux, c'est moi qui avait trouvé le Yaa. J'en ai parlé aux deux autres. Et on aime beaucoup la sonorité, le côté graphique des trois lettres. En plus, on est trois. Du coup, on a cherché des mots qui correspondaient à ça. De suite, on a pensé à Atlanta car c'est l'équipe de basket préférée de Philippe et Nico. Et, on aime beaucoup la ville. Après, c'est le Yelling et le Animals qui renvoyaient au groupe et qui correspondaient parfaitement à l'image du groupe. Notamment, sur scène. Le côté animal, dynamique…
Nicoals : Yaa est aussi une onomatopée qui ne veut rien dire donc universelle. Après, Justice est le nom de groupe le plus universel du monde. Prononçable partout, par tout le monde. Yaa, c'est pareil. Les anglais aussi disent Yaa !
Plus haut, vous parlez d'influences communes. Quelles sont-elles ?
Nicolas : Pas forcément communes…
Anthony : Si tout de même. Par exemple, Nico et Philippe écoutaient pas mal de post Hardcore quand ils étaient jeunes. Après on a tous écouté des trucs comme My Bloody Valentine. Et après plus de rock indé : Bloc Party, Foals, Interpol, des trucs comme ça. Ce sont nos grosses influences.
Nicolas : En fait, des trucs plus récents.
Tu parles de Foals. On sent certaines sonorités, dans la construction aussi, une filiation. Pas forcément une influence mais autre chose. C'est recherché ?
Anthony : C'est marrant car on nous le dit de plus en plus.
Nicolas : On aime beaucoup ça, surtout Philippe. Moi, je suis beaucoup moins fan. Mais on ne fait pas du tout exprès. Personnellement, je trouve pas trop. Même si, il y a quelques plans dans les morceaux qui font ça. Adolescent, quand on a écouté Bloc Party, Foals, on a pris des grosses claques. C'est ça qui nous a motivé à faire de la musique. C'est clair.
Vos coup de coeur sur la scène actuelle ? Ou ceux qu'il faut éviter !
Nicolas : Là, on est des grands fans du dernier album de The Streets. On adore ça. Même Metronomy. Des trucs à ne pas écouter… C'est pareil, la dernière fois on m'a posé la question, j'ai un truc que j'ai détesté mais je ne m'en souviens plus. Preuve de l'importance du truc. Mais en ce moment, il y a beaucoup de choses excellentes. Même le dernier The Strokes nous a pas mal fait kiffer. Pas trop mal. En France, je peux cité Adam Kesher, même si en live c'est assez plat…
Anthony : Dans les groupes émergents, il y a Quadricolor, mais dans le phénomène autour de ce groupe, on ne comprend pas trop car on est pas du tout fans.
Nicolas :.. je cherche… ah si, Booba !
Les textes sont assez riches par rapport à d'autre groupes français. Comment écrivez vous ?
Nicolas : C'est plutôt Philippe et moi qui nous occupons des textes. Ce sont des textes plutôt métaphoriques par forcément très concrets. Voilà, on a des images en tête, des ambiances, des atmosphères pour les morceaux. Et, on décrit des trucs dans cette optique là. C'est vrai que l'on porte pas mal de soin aux textes, ce que beaucoup de groupes français ne font pas forcément. Pour nous, c'est primordial.
Le fait d'utiliser l'anglais permet d'envisager beaucoup plus loin ?
Nicolas : J'espère. Ce n'est évidemment pas un handicap. Au début dans notre groupe d'avant, avec Philippe, il y a des gens qui nous disait : « il faut écrire en français ». Nous, on s'en br*****!
En quelques années, cela a énormément évolué dans ce sens à raison…
Nicolas : Carrément, avec Phoenix par exemple. Il y a Yelle qui chante en français et fait un carton. Ce n'est pas un modèle non plus pour nous mais bon. On s'est jamais posé la question pour ce genre de musique. En français, cela ne sonne vraiment pas. C'est universel aussi. Toute notre génération parle anglais. Ça sonne bien. Cela glisse mieux, ça n'a que des avantages. Et, j'adore l'anglais, la culture, la langue et les sonorités.
Dans la construction, la mélodie vient à quel moment ?
Nicolas : Comme pour la composition, cela dépend. C'est surtout Philippe qui amène une idée de musique après on travaille à part égale en répétition. On travaille tous ensemble. On est vraiment un trio, chacun amène son travail à part égale. Il n'y a pas un qui sort du lot. En répet', on peut faire le même morceau 10 fois, de manière différente et cela ne nous satisfait pas.
Anthony : Il y a des morceaux où on a mis trois mois pour les composer.
Les répétitions sont primordiales pour vous, cela revient dans cette interview.
Nicolas : Tout à fait. On répète hyper souvent car c'est là que tout naît. Que ce soit notre harmonie au sein du groupe, nos créations autant que notre évolution dans la musique. Et puis, évidemment, on aime ça.
Un EP est donc déjà sur la toile, vous pensez déjà à un album ou pas encore ?
Anthony : On sortira d'abord un second EP avant de faire un album…
Nicolas : Ce n'est vraiment pas la priorité pour nous. On se laisse le temps. Là, il faut qu'on tourne pour continuer à engranger pas mal d'expérience. On a fait Paris, là on revient de Bourges… en plus, ça se passe super bien surtout à Paris, on était ravi. Et, les gens était hyper réceptifs. Beaucoup de gens nous ont félicité. Ils nous ont très bien accueilli. Quand on leur disait qu'on était de Toulouse, les gens pensaient, eux, qu'on venait de Paris. Ils étaient un peu perdus. Il y a une vraie émulation évidente à Toulouse entre les nombreux groupes. Il y a en plus une ambiance entre nous. C'est assez varié mais en même temps, il y a le même esprit…
D'ailleurs, quelques mots sur la belle pochette de l'EP ?
Nicolas : Ah ! Tu l'as vu, cool ! (rire)
Anthony : En faite, l'idée est venue avec notre tourneur pour Bourges. Ils nous ont dit qu'il fallait une affiche qui marque l'attention. Le but, c'est que quand les gens voient l'affiche, ils se disent « Ah oui Yaa, c'est le groupe avec l'affiche »….
Nicolas : Après, on avait beaucoup réfléchi à la base. Même si c'est des femmes à poil, ce n'est jamais vulgaire. C'est une amie à nous qui a fait une série de photos de bustes de femme et d'homme surexposés avec un gros flash dessus. On a rassemblé les bustes de filles et on a trouvé ça vraiment jolie et classe. On en est fier. Les mecs à Bourges, ils arrachaient les affiches. A la fin du concert, on les vend et tout le monde a son affiche sous le bras à la fin du concert. Hallucinant. On en a vendu énormément.
Anthony : On ne fait pas que des affiches, faut pas déconner. On fait de la musique aussi.
Nicolas : Et puis, ça correspond parfaitement à l'ambiance de l'EP. On est vraiment content d'avoir trouvé ça. Au départ, on se posait pas mal de questions et puis, on a trouvé ça. Banco.
Vous attachez énormément d'importance à l'aspect visuel de votre musique ?
Nicolas : Oui ! C'est important d'avoir une base graphique autour d'une musique. On a beaucoup d'amis qui sont dans le graphisme, la vidéo…. Et nous aussi on aime ça. On ne peut plus rien faire de toute façon dans la musique sans art graphique. C'est mort. On compte dessus. On espère créer un univers. On ne va pas mettre des personnes nues à chaque album non plus..
La scène est le plus important pour le moment, tous ce qui est enregistrement viendra après ?
Nicolas : Là, on a sorti un EP. Mais oui, la scène, c'est ce qu'on aime à fond. C'est bien cool. On aime l'énergie entre nous trois. Quand tu es trois, il faut soutenir tout le temps vraiment. Après, le lien avec le public quand on sent qu'il est dedans… comme sur nos dernières dates où le public était vraiment génial et généreux. Quand ça répond, tu sens qu'un truc se passe…C'est fantastique.
Par ailleurs, vous n'avez pour le moment aucune renommée. C'est ce qui est difficile ?
Nicolas : Oui, c'est vrai. Il y a très peu de personnes du public qui connaissent les chansons avant de venir. Ce qui est excitant, c'est de devoir conquérir entre guillemets les gens. C'est un petit défi et quand ça marche on est vraiment contents.
Empreinte musicale, live… Mais qu'est ce qui vous différencie des autres groupes français ?
Nicolas: Ben, nous on se casse le cul sur pas mal de truc. Je pense, et avec pas mal de retour qu'on a eu, que l'on prend la chose vraiment à fond. Et on travaille vraiment beaucoup sur les instrus. A la base, on joue avec une formation guitare, basse, batterie mais aussi avec des synthés et des sampleurs. On travaille beaucoup sur les sons électroniques car on y tient énormément. Puis après, le soin au texte. On passe beaucoup de temps à écouter de nombreuses choses pour comprendre comment ils font. On décortique. Après, je ne sais pas comment les autres procèdent…
Anthony : Yaa, c'est surtout un truc de passionnés !
Qu'est ce qu'on peut souhaiter à Yaa pour la suite ?
Anthony : Que notre projet aboutisse…
Nicolas : Du soutien. On aimerait vraiment nous développer. Pas mal de gens commencent à nous connaître mais on aimerait avoir leur soutien. Et puis, leur faire plaisir. En tout cas, que nos projets se réalisent. Là, on en a pas mal en cours…. On est vraiment heureux !
Question traditionnelle : pour vous, c'est quoi une bonne chanson ?
Nicolas : Quelque chose qui fasse ressentir un truc aux gens. A laquelle, tout le monde peut s'identifier que ce soit à la musique, aux paroles, à ce qu'elle renvoie. Déjà, nous que ça nous parle et que les gens se l'approprie par la suite.
Anthony : C'est très beau. Moi, tout pareil !
Yaa sera jeudi pour le volume 10 des Curiosités du Bikini en compagnie notamment de Kid Bombardos.
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