Avec son troisième album, Daniel Darc a trouvé quelque chose de neuf qui s'apparente certainement au bonheur. En marge de son passage par Toulouse, ce soir au Bikini, l'ex-leader de Taxi Girl convoque Dieu, le rock, sa musique, ses textes et sa vie en interview.
Au sujet de Daniel Darc, on fait souvent le partage entre l'ex-leader de Taxi Girl et le poète écorché vif. Pourtant, avec son troisième album " La taille de mon âme", le chanteur convoque des zéniths parce qu’il est remonté des abysses. L’éternel rescapé du rock français parvient encore une fois à nous crever le cœur. Dieu, la mort, le fatum, l’espoir, la rédemption, la damnation, le salut nous parlons bien de son nouvel album. Mais qui mieux que Daniel Darc peut parler de Daniel Darc. En amont de son passage à Toulouse, le rockeur se livre discrètement. Belle rencontre.
Comment te sens-tu aujourd'hui en pleine tournée ?
Ça fait vraiment du bien d'être sur la route. Je me sens pas pour autant arrivé, je suis mort de trouille à chaque date. Par contre, je prends énormément de plaisir, c'est fou après autant de temps. Tout se passe très bien, en clair.
D'ailleurs, en tournée tu aimes varier les formations, tu es dans la recherche scénique perpétuelle ?
Très simplement : il y a deux formules. L'une avec piano, flûte et violon et l'autre avec le groupe complet. J'ai changé , vieilli, moins angoissé aussi. Donc, je prend la tournée comme ça, à l’instinct. Je suis clean, c'est vachement bon pour moi là ou dans la vie de tous les jours. J'ai encore du mal avec le mot heureux, mais je vais beaucoup mieux.
Pour ce troisième album, tu as changé d'équipe. Un besoin de se renouveler ?
Avec Frédéric Lo, j'ai pris énormément de plaisir. Après le second, il y avait beaucoup moins de choses à extraire de notre relation. Nous sommes quand même potes. Mais, on n'y arrive plus. Sur celui là, je me suis entouré de personnes qui essayaient aussi de comprendre mon état d'esprit du moment. C'est génial, et tendre.
Comment est née l'envie de « La taille de mon âme » ?
L'envie d'un album vient des tripes. C'était aussi le temps de commencer un autre album. Il y a une vie qui m'intéresse maintenant : celle d'enregistrer un disque puis être sur la route. J'aime de plus en plus ces moments rares.
Donc, tu souhaites continuer d'écrire et de tourner ?
Je me vois bien comme Dylan, ça me va bien. C'est une évidence qu'on peut aussi faire du rock avec l'âge. Le rock adulte peut être super beau, plus besoin de mourir à 24 ans comme on le croyait à l'époque. Tant que je suis vivant, même tout seul comme Johnny Hooker, je continuerai.
Revenons à l'album. Comment est venu le titre « La taille de mon âme » ?
J'habite vers Bastille. Je suis un peu insomniaque, notamment à l'époque. A 5heures du mat, à Paris, pour boire une bière, il n'y a que les bistrots des marchés, où les bouchers boivent de bonne heure. J'étais en train de boire, d'écrire des trucs, quand l'un des mecs du bar parle. J’entends : « si tu savais la taille de ma bite ». Comme quoi ça tient à rien…
Tu parles d'écriture. D'ailleurs, comment écris-tu ?
J'écris tout le temps. Je dois avoir une cinquantaine de carnets chez moi. J'écris comme un marathonien. En clair, je m’entraîne pour être, le moment venu, au bout de mes possibilités. L'écriture, chez moi, doit être travaillée pour trouver les bons mots. Tu sais, ces carnets, il ne faut en tenir compte.
Tu as des textes sublimes en français, comment juges-tu la scène française qui écrit et compose de plus en plus en anglais ?
Ils font ce qu'ils veulent. Je m'attache d'abord à l'importance des textes. Je parle en français: quand je cloue un étagère, et quand je me rate, je dis merde en français. Logique. Écrire en français est plus dur, mais en anglais ça sonne bien. Il faut dans chaque cas travailler avec ses défauts, les développer. S'en servir à 90%.
Des coups de cœur ces derniers temps ?
Pas vraiment. J'écoute pas mal de blues et de country. Ah si..j'ai découvert Lana del Rey, c'est super bien mais je n'ai pas encore écouté l'album. Sinon, le dernier Leonard Cohen est sublime, tout comme les Blacks Keys….
Sur la pochette de l'album, on te voit agenouillé dans une église. On pense à Bad Lieutenant..
Oui..l'église est un lieu pour un autre, il n'y a pas de côté sacré dans la photo, étant en plus protestant. Effectivement, c'est le côté Bad Lieutenant que je souhaitais fournir dans ce cliché. Une photo prise dans une église sacrée à mes yeux où il y a eu les événements de Saint-Bernard (NDRL : Des CRS ont délogé des sans papiers dans cette église).
La croyance, tu l'évoques souvent…
Je suis croyant. Je m’intéresse plus à ça que d'en parler. C'est quelque chose d'intime, dont je suis fier, mais d'intime.
Comment expliques-tu que le public français à une image différente de celle que tu dévoiles actuellement ?
Il y a toujours une facette de moi qui ressort plus qu'une autre. Surtout maintenant. Ces derniers temps, je me sens bien…Mais, je revendique mon côté acier, ma douceur aussi et mon parler.
Pour finir, comment envisages-tu l'avenir ?
L'avenir…être en bonne santé, enchaîner les disques, ne pas arrêter. Je compte rentrer en studio d'ici quelques semaines. Mais je ne prépare rien. Ma vie est plutôt pas mal en ce moment. Je suis heureux : j'ai rencontré une femme et c'est le plus important.
Daniel Darc en concert à Toulouse
Mercredi 29 février au Bikini
Tarifs : 23,24 euros
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